Photo de VYuras Barysevitch, poète, traducteur et critique d'art, rencontré en Belarusse à Minsk Signe plus blanc nom du site et retour à la carte
« Le biélorusse manque de polysémie. Nous avons peu de mots courts au sens très riche comme en anglais ou français. C´est une langue de synonymes. Par exemple, j’ai eu du mal à traduire l’expression française « danse macabre »… car, voyez-vous, en Biélorussie, nos décédés ne dansent pas »

Youras Barysevitch cumule la triple fonction de poète, traducteur et critique d'art. Alexandre Mirlesse a eu l’occasion de le rencontrer à Minsk.

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Vous avez traduit Yanka Koupala en français puis en breton, avec l’aide de Riwanon Kerbella. Quelle est donc la part d’ « universel »chez ce poète national biélorusse.

Il y a peu de choses universelles chez Koupala. Il lutte avant tout contre l’impérialisme russe et le chauvinisme polonais. Mais j’ai quand même pu faire une bonne blague avec sa poésie: Pendant un festival Koupala à Minsk, j´ai prétendu avoir retrouvé un de ses inédits. On m´a prié de le lire, et j´ai déclamé ma traduction de « la cigale et la fourmi » de La Fontaine en biélorusse. Ca a fait sensation,, personne ne s´est douté de rien !

Vous traduisez aussi les poètes français contemporains en biélorusse. Quel genre de difficultés rencontrez-vous ?

Comme toutes les langues slaves, le biélorusse manque de polysémie. Nous avons peu de mots courts au sens très riche comme en anglais ou français. C´est une langue de synonymes. Par exemple, j´ai eu du mal à traduire l’expression française « danse macabre »…

Pourquoi ?

Parce qu’en Biélorussie, voyez-vous, nos décédés ne dansent pas.

Comment voyez-vous l´avenir des relations entre la Biélorussie et l’Europe ?

Ma théorie, c´est que La Russie doit devenir une sorte de Canada auprès des Etats-Unis d´Europe. Toutes les provinces sauf le bassin de la Mer Caspienne (et la Moscovie) veulent se rapprocher de l´Europe, car elles ont peur de la Chine, et ont des intérêts commerciaux communs avec l´Europe. Elles le feront et entraîneront la Moscovie avec elles (qui restera une sorte de Québec dans la Russie européanisée)

A quoi voit-on que nous sommes en Europe à Minsk?

Il y a peu de musulmans, et nous avons de beaux exemples de style constructiviste.

Vous sentez-vous européen ?

Je suis un intellectuel postmoderne, avant tout européen, puis biélorusse. Cela signifie que j´ai un profil large, que je parle plusieurs langues, que je fais plusieurs métiers, que j´ai l’esprit changeant, souple, polyfonctionnel. Je trouve partout des gens qui pensent à ma manière.

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