Photo du Père Pierre Riches, théologien catholique italien, rencontré à Alexandrie Signe plus blanc nom du site et retour à la carte
« C’est à l'Église de véhiculer les valeurs européennes. Plus de la moitié des évêques ne sont ni européens ni américains du Nord : ils ont certes un « training » européen et une mentalité romaine, mais leur ventre n’est ni romain ni européen. Je crois que ce sont eux qui sauront véhiculer les valeurs européennes dans ces civilisations qui sont à nos portes. »
Noms de villes d'Europe qui forment une carte, cette image permet de retourner à la page d'accueil Signe plus blanc Cette photographie représente une affiche sur une porte indiquant qu'il est possible de se procurer un visa, à Chrisinau, Moldavie

Le Père Pierre Riches est né en 1927 à Alexandrie, dans une famille juive aisée et cosmopolite. Converti au catholicisme après des études de philosophie à Cambridge, il a enseigné la théologie dans diverses universités du monde et publié un Nous nous sommes rencontrés dans sa maison d’Olgiata, dans la banlieue de Rome, près de l’église où il prêche habituellement.

Pour en lire davantage, se référer au livre En attendant l’Europe
d'Alexandre Mirlesse, aux éditions La Contre allée.

Monsieur l’abbé, vous sentez-vous Européen ?

Je suis Juif. J’ai grandi en Egypte jusqu’à mes 18 ans, âge auquel je suis allé étudier en Angleterre ; quatre ans plus tard, je suis parti pour l’Italie, j’ai été baptisé à 24 ans, à Milan, et suis devenu prêtre à 32 ans. J’ai beau avoir un passeport italien, je n’ai pas une goutte de sang italien. Tout mon sang est juif, des deux côtés.

Votre départ pour l’Europe et votre conversion sont-ils liés ?

A vrai dire, cela s’est décidé pendant mes études à Cambridge. Ma rencontre avec Wittgenstein, qui y enseignait la philosophie, a été très marquante : c’était un véritable génie – le seul, à vrai dire, que j’aie jamais connu. You could see him think !

Malheureusement, il réfléchissait très profondément et donc très lentement… attendre ce qu’il allait dire était quelquefois pénible. Mais c’est grâce à lui que j’ai appris à connaitre les bornes de la raison humaine, et finalement décidé de me convertir.

Que vous évoque l’idée d’Europe ?

Je trouve que c’est une idée fort belle mais, sans doute, une fiction. J’irai même plus loin – ne vous scandalisez pas – mais, se non sbaglio, je crois que la vision du monde et le mode de vie des Européens (et des Américains) sont en train de disparaître peu à peu. Comme dit Toynbee, comme dit Spengler – et, au fond, comme dit tout le monde –, les civilisations finissent, les empires finissent…

Dans mon enfance j’avais des nannies anglaises, et l’Empire britannique était le centre du monde : « Rule, Britannia, Britannia rules the waves », disait la chanson, et cela ne faisait aucun doute. Ensuite, il y a eu le « demi-rule » des Américains qui n’a jamais été très solide et qui passera aussi.

Vous connaissez 1066 and all that ? C’est un petit traité satirique d’histoire anglaise paru dans les années 1930, très drôle, qui se finit sur ces mots à propos de l’armistice de 1918 : « AMERICA was thus clearly top nation, and History came to a…” La phrase est telle quelle, incomplète. Est-ce la fin de l’Histoire ? L’Histoire a-t-elle encore un intérêt, après toutes ces mésaventures ?...

… et, malgré son déclin politique, l’Europe a-t-elle encore une « vision du monde » à défendre ?

Une chose est certaine : j’ai toujours pensé l’Europe comme chrétienne. Or, comme je l’ai dit récemment dans une série de conférences à UCLA, c’est à l'Église de véhiculer les valeurs européennes. Car dans l’Église, dans le collège des cardinaux, plus de la moitié des évêques ne sont ni européens ni américains du Nord. Tous ces évêques du « Tiers Monde » – si on peut utiliser cette expression fausse – ont certes un « training » européen et une mentalité romaine, mais leur ventre n’est ni romain ni européen. Je crois que ce sont eux qui sauront véhiculer les valeurs européennes, quelles qu’elles soient, dans ces cultures, ces civilisations qui sont à nos portes.

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