Martine Aubry est née à Paris, en 1950. Ministre de l'Emploi et de la Solidarité de 1997 à 2000, elle est maintenant maire de Lille depuis mars 2001 et présidente de la communauté urbaine de Lille depuis avril 2008. Le 21 novembre 2008, elle est élue premier secrétaire du Parti Socialiste.
Madame le Maire, vous sentez-vous européenne ?
Oui. L’Europe est mon pays, au même titre que la France : en tout cas, je crois la connaître assez bien pour pouvoir l’affirmer
Il est vrai qu’avec un père comme Jacques Delors, vous devez avoir l’Europe inscrite dans les gènes…
À vrai dire, dans ma jeunesse, l’Europe n’était pas une évidence concrète pour moi, car je ne voyageais pas. Je me sentais plutôt du pays Basque ou de Corrèze, où je passais mes vacances… Cela dit, bien sûr, j’appartiens à une famille où le discours et la réflexion sur l’Europe sont très présents ; et aujourd’hui, tout le monde connaît le rôle majeur qu’a joué mon père pour construire l’Europe.
Comment avez vous « appris l’Europe » ?
D’abord par la culture, en particulier la littérature et la philosophie, mais aussi le théâtre. Stefan Zweig, par exemple, m’a sans doute rendue plus européenne que mes expériences de vie !
Les voyages, les contacts avec d’autres Européens, sont venus ensuite ; mais c’est surtout en exerçant des responsabilités au niveau national que j’ai compris l’importance de l’Europe dans tous les domaines – politique, économique, mais aussi social.
Devenir maire de Lille vous a-t-il rendue plus européenne ?
Bien sûr ! Vous savez, ce qu’il y a d’intéressant à Lille, c’est qu’il est impossible de ne pas s’y sentir européen. Toute notre géographie, notre histoire et notre culture nous lient à l’Europe.
Avant de devenir française en 1667, Lille a été successivement flamande, bourguignonne, espagnole… Plus récemment, elle a aussi su accueillir des populations très diverses. Les descendants de ces ouvriers espagnols, italiens ou polonais qui sont venus en masse travailler à Lille sont très présents dans la ville d’aujourd’hui, et ils y sont parfaitement intégrés.
Comme toute ville frontalière, nous avons aussi connu les mauvais côtés de l’Europe. De 1940 à 1945, Lille a été directement administrée par l’Allemagne nazie, et non pas « occupée » comme le reste de la France. Mais aujourd’hui, dans une Europe en paix, notre situation aux confins du Benelux, de l’Allemagne et du Royaume-Uni est un formidable atout. L’Eurométropole que nous avons construite avec nos voisins belges, wallons comme flamands, est officiellement reconnue par la Commission européenne ; ensemble, nous avons progressé dans divers domaines, par exemple en matière économique et culturelle.


