Lojze Wieser est né en 1954 à Klagenfurt, dans la province autrichienne de Carinthie. Issu de la minorité slovène, il est le fondateur d’une maison d’édition reconnue visant à promouvoir la littérature d’Europe centrale et orientale dans les pays de langue allemande.
Tiens, le menu est en deux langues ?
Oui, c’est un café slovène ici.Y en a-t-il beaucoup ?
Autrefois de nombreux cafés traduisaient les menus en slovène… mais les temps ont changé.C’est donc le tout dernier ?
Officiellement, oui.Je suis donc venu vous interroger sur votre collection « Europa erlesen » pour mieux comprendre comment l’idée vous en est venue, quelles sont vos ambitions et vos choix éditoriaux. Vous vous présentez d’ailleurs comme « le spécialiste de la littérature européenne», pourriez-vous m’expliquer ce que cela signifie pour vous ?
Cela a commencé il y a 25 ans, à une époque où ici, en Carinthie, en Autriche, on ne pouvait trouver un seul livre slovène en langue allemande. C’est alors que j’ai fait traduire, à mes frais, un livre sur la guerre des partisans slovènes en allemand. Ce livre a été présenté par la télévision autrichienne : une première historique. C’est alors que j’ai créé ma maison d’édition, qui avait vocation à traduire des auteurs slovènes en allemand. Mon idée était la suivante : nous, les Slovènes de Carinthie, ne pouvons blâmer le peuple majoritaire – les Autrichiens – pour leur mépris de notre culture si nous ne leur rendons pas cette culture « minoritaire » accessible dans leur propre langue. J’ai donc fait traduire plus de 20 livres slovènes en allemand, tout en essayant de me remettre à faire paraître de la littérature en slovène ici à Klagenfurt. J’ai ensuite fondé ma propre maison d’édition. C’est là qu’il m’est apparu avec évidence que nous, les Européens, avons généralement dans notre connaissance des autres cultures d’immenses taches blanches. Que savons-nous de la littérature de l’Ex-Yougoslavie, de Roumanie ou de Bulgarie ? Que savons-nous du roman tchèque, de la poésie polonaise ? Dans la plupart des cas, il fallait qu’une œuvre ait été écrite par un dissident, de préférence emprisonné, pour qu’elle retienne l’attention de l’Europe occidentale. En dehors de cette prose aux motivations politiques, il y avait peu d’intérêt pour la littérature en soi.Vos livres sont aussi une invitation au voyage… ?
Plus que cela : une invitation à l’écriture. Car après avoir lu soixante-dix auteurs décrire un endroit, pourquoi ne pas être le 71ème ?A quoi ressemble la carte poétique de l’Europe ?
Il existe en Europe des régions transnationales qui ont toujours existé dans la conscience des hommes et des artistes. Par exemples, nous avons ici le Karst, une région qui se partage entre l’Ouest de la Slovénie et l’Italie, autour de Trieste. Cette région a beau appartenir à deux États différents, elle est riche de signification pour les italiens et les Slovènes. Ce sentiment d’appartenance régional est une chance, car il permet aux habitants du Karst de pouvoir définir leur identité et leur attachement au sol sans devenir revanchards ou nationalistes pour autant.
La carte politique et la carte poétique ne se superposent donc pas du tout…?
Cela est impossible ! Des siècles d’histoire nous ont légué 48 États nationaux. Mais sur l’étendue de ces 48 États, il existe 200 langues et cultures vivantes. Cela signifie qu’un État a en moyenne trois cultures minoritaires sur son territoire. Prenez l’exemple de l’Alsace : pendant des siècles la question a été de savoir si la culture alsacienne était française ou allemande. Mais les Alsactiens ont toujours parlé alsacien, tout en se retrouvant le jouet de politiciens démagogues qui ne se sont jamais réellement intéressés à leur langue !
Autres entretiens
à Minsk :
Recteur de l´Université Européenne des Sciences Humaines
Youri KHACHTCHEWATSKI
Réalisateur de documentaires
Yuras BARYSEVITCH
Poète, traducteur, critique d´art


