Baltasar Porcel est né en 1937 à Majorque. Dramaturge, essayiste et romancier. Il est depuis six ans le Président de l’Institut Catalan d’Études Méditerranéennes. Ses livres ont été traduits en français chez Actes Sud (Galop vers les ténèbres, Cabrera et L’Empereur des morts) et Fédérop (Défunts sous les amandiers en fleur).
Dans Méditerranée, vous vous êtes attaché à démontrer la profonde signification historique et « poétique » de l’espace méditerranéen. Comment définiriez-vous à grands traits cette identité méditerranéenne ?
Cette identité est faite de valeurs partagées – notamment celles de la famille – mais repose aussi sur un substrat culinaire, un urbanisme consacré à la rue ainsi que des caractéristiques ethniques communes aux peuples du Nord, du Sud et de l’Est méditerranéens, des Berbères aux Provençaux – dans lesquelles je me reconnais précisément.
Votre amour pour la Méditerranée est-il à l’origine de votre vocation d’écrivain ?
J’ai commencé à écrire poussé par un désir intérieur et par mes lectures. Mais j’ai avant tout écrit sur ce que je connais et qui a formé mon être : le facteur méditerranéen. Pour cette raison, mon sens de la Méditerranée est un fait naturel.
Mais il est aussi un fait culturel, car je n’ai cessé d’étudier ce sujet. Mes nombreux voyages au-delà de la Méditerranée m’ont d’ailleurs permis de voir cet espace non plus d’une manière unilatérale et locale, mais comme l’un des « secteurs » de notre planète, le mien.
Ces voyages m’ont permis de découvrir d’autres de ces secteurs, et d’en faire des livres : la Chine, dont j’admire la profondeur et la grossièreté qui sont comme les deux dimensions du pays ; l’Afrique noire, qui m’excite ; ainsi que divers pays islamiques ou les Etats-Unis d’Amérique, que j’ai parcourus d’une manière presque exhaustive.
Mes romans ne sont pas à proprement parler des romans méditerranéens. Ils traitent de l’essence de l’être humain. Mais le style d’écriture sensuelle et passionnelle que je recherche, ma façon de représenter des paysages, ma foi en l’humanité, eux, sont absolument méditerranéens.
L’idée d’Europe, quant à elle, peut-elle être une source d’inspiration littéraire ? Comment voyez-vous la place de l’écrivain dans la cité européenne ?
En effet, l’Europe peut être une source de d’inspiration littéraire, mais je vois la littérature de notre continent avant tout comme une somme de sources, des diverses traditions et des diverses expériences de chaque pays.
Quant à l’écrivain (et, plus généralement, le créateur), je constate qu’il peine à trouver sa place dans cette Europe dominée par la communication et la force de l’économie.
Qu’est ce qui, selon vous, peut lier les Européens entre eux ? A votre avis, la construction européenne a-t-elle favorisé l’émergence d’une identité commune, ou bien agit-elle comme un révélateur de quelque chose qui est déjà là ?
Selon moi, la construction européenne, aidée par les moyens de communication modernes, a permis de rendre à l’héritage gréco-romain sa force antique en l’incarnant dans un projet politique. En simplifiant beaucoup, je dirais que l’intégration européenne actuelle se fonde certes sur une proximité géographique et une interdépendance économique, mais aussi sur deux principes essentiels : l’idée, grecque, de l’homme comme mesure de toutes les choses ; et le projet, romain, d’un imperium méditerranéen.
Quels vœux formez-vous pour les futures générations d’Européens ?
Qu’ils consacrent toute leur énergie à défendre tous ces legs culturels ou civiques, et à célébrer ces lieux de la Méditerranée ! C’est en faisant de l’homme la mesure de toutes les choses qu’ils assureront les fondements de la démocratie, de la société du bien-être, de la possibilité du bonheur intime.


