Adam Globus est né en 1958 à Kojdanovo, près de Minsk. Figure centrale du renouveau de la littérature biélorusse depuis les années 1980, il est l’écrivain le plus lu de sa génération mais aussi, sous le pseudonyme de Vladimir Adamchik, l’éditeur d’une littérature bon marché, destinée au grand public. Nous nous sommes rencontrés à Minsk, au café Aquarium, en compagnie de Mlle Aliona Gluhova, qui a été mon interprète pour cet entretien.
Qu’est-ce qui relie les Européens entre eux ?
Une idée… ou plutôt, un sentiment.
Quel sentiment ?
Le sentiment le plus complexe qu’un texte littéraire puisse évoquer : le sentiment d’être proche. Et cela, c’est ce que j’essaie d’exprimer dans la littérature d’Adam Globus. J’ai longtemps eu envie d’en faire un roman : L’Européen. Mais je n’y suis jamais arrivé. Alors, je me suis contenté de publier le carnet de mes voyages en Europe
Qu’est-ce qui vous a empêché d’écrire votre roman européen ?
Je sentais que le temps n’était pas encore arrivé. On ne peut pas écrire un grand roman s’il ne répond pas à une demande du public. Or il n’y a pas de demande pour un tel livre : pour le moment, on préfère lire du Beigbeder, du Delerm ou du Houellebecq, pour ne citer que des auteurs français.
Ces écrivains sont trop vjalyj , trop ironiques, trop cyniques pour écrire sur l’Europe. Vous connaissez Théophraste, l’élève d’Aristote ? Dans ses Caractères il dit bien que l’homme ironique est le pire de tous : il peut plaisanter, on peut se distraire avec lui, rigoler, être gai ; mais il ne peut pas créer.
Ce n’est pas ces écrivains qui déconstruisent tout, à commencer par eux-mêmes, qui pourront construire la maison commune européenne : leur propre maison est déjà en ruine.
Mais alors, qui va créer chez les Européens cette « demande » d’une grande œuvre commune, que ce soit un roman ou un projet politique ?
C’est aux écrivains et aux artistes comme moi de la créer, cette demande : c’est ma responsabilité, mon devoir personnel. Voilà ce qui me distingue de mes équivalents occidentaux : hier, je devais, moi-même, me battre contre l’Empire soviétique ; aujourd’hui, je dois me battre pour l’union de l’Europe.
Pensez-vous que les hommes qui désirent construire cette maison se trouvent surtout dans les territoires périphériques de l’Europe ?
Périmétriques, pas périphériques.
Pour quelle raison ?
Quand on examine un objet, on a souvent tendance à croire que la meilleure part se trouve au centre. Mais penser l’Europe, c’est comme dessiner une carte : on commence par les contours. C’est aux confins de l’Europe qu’il y a de la tension ; c’est là que la main tremble, c’est là qu’on se corrige tout le temps.
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à Minsk :
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Youri KHACHTCHEWATSKI
Réalisateur de documentaires
Yuras BARYSEVITCH
Poète, traducteur, critique d´art
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Ecrivain et essayiste "postmoderne"
Olga SHPARAGA
Philosophe et fondatrice du réseau bellintellectuals.com


